Les Meurthe-et-Mosellans méritent des décisions claires !

Session publique du 26 novembre 2019

Intervention de Luc BINSINGER :

Conseiller départemental du canton de Jarville-la-Malgrange

L’examen du rapport concernant la situation en matière de développement durable est désormais un passage obligé de cette session d’orientation budgétaire. Alors que nos concitoyens se sentent enfin de plus en plus concernés par la préservation de l’environnement et de la biodiversité ; il est utile de faire chaque année le point sur les réalisations de  notre collectivité dans ce domaine. Les épisodes météos violents qui ont eu lieu ce weekend dans le Var et les Alpes Maritime nous démontrent combien il est urgent d’agir. Attention cependant à ne pas tomber dans l’écueil du green-washing qui consiste à orienter ses actions de communications vers un positionnement écologique.

Toutes les politiques départementales sont mentionnées dans ce rapport.

Le Plan Collèges Nouvelles Générations est le 1er poste d’investissements du département. Il est, avec le collège Jean Lamour, LA vitrine en matière environnementale. Il a pris 9 ans de retard et s’est alourdi de 65 millions d’euros. De quoi donner bien des regrets à certains collégiens. Si le nouveau collège Jean Lamour affiche des performances énergétiques que nous saluons, il faut tout de même rappeler que seuls 9 collèges neufs comme ce dernier verront le jour. La grande majorité des collèges du département ne sont concernés que par des restructurations partielles !

La cité des Paysages à Sion absorbe la quasi-totalité de la taxe d’aménagement. 11 millions d’euros seront au final engloutis pour un site dont le bilan est largement tronqué. Cet équipement n’a toujours pas trouvé son public qui d’ailleurs diminue. On en est réduit à envoyer des bus entiers de collégiens, financés par le département pour gonfler la fréquentation. Comme quoi on sait s’assoir sur les émissions de CO2 quand il s’agit de sauver les apparences !

Sur les 165 Espaces naturels sensibles que compte la Meurthe-et-Moselle, la moitié à peine est active. Au rythme de l’année 2018, l’ensemble des ENS auront connu une démarche de valorisation ou de préservation dans… 81 ans ! Quoi qu’il en soit les activités qui y sont proposées que ce soit pour le grand public ou les scolaires sont d’ailleurs en nette diminution !

Le Centre des Mémoires est mentionné dans ce rapport au titre de sa Haute Qualité Environnementale. Ce beau label ne cache pas le naufrage des archives départementales. Ce vaisseau amiral a malheureusement pris l’eau. Quid du bilan carbone des opérations de colmatage successives ? 11.000 m² et 34 millions d’euros qui aujourd’hui restent inutilisables ! Il faut espérer que ce bâtiment soit un jour livré par l’architecte, sans quoi les camions, bétonnières, bulldozers et autre pelleteuses auront circulé, englouti du diesel et émis des tonnes de CO2 pour rien !

Nous sommes à la  fois ravis et surpris d’apprendre que la nouvelle Pouponnière départementale sera elle aussi exemplaire d’un point de vue environnemental. Vous nous permettrez toutefois d’en juger une fois le bâtiment sorti de terre. Cette belle promesse devra toutefois attendre. Cet équipement indispensable subit en effet… un nouveau retard !

En matière d’alimentation tous les feux ne sont pas au vert. La politique foncière du département pour faire du circuit court irrite les agriculteurs et le local ne représente en réalité que près de 15% des approvisionnements. On est loin des 20% affichés lors de votre rentrée politique au centre des mémoires ! Le monde agricole est en froid avec le département. Les nombreuses interrogations des représentants agricoles en témoignent ! Tout comme la non-participation des représentants de la profession à la semaine de l’alimentation ! Vous avez délibérément fait le choix d’opposer les agriculteurs entre eux pour des raisons idéologiques ce qui est un non-sens écologique !

Concernant l’eau et l’assainissement.

Alors que l’agence de l’eau se désengage massivement de ces opérations d’investissement importantes pour les communes rurales, le département fait la sourde oreille et refuse toute subvention à ces opérations qui pèsent pourtant très lourd dans leurs budgets. L’exemple de Villers-en-Haye en est l’illustration. Après avoir donné son accord de principe pour financer une canalisation, le département s’est finalement retiré du projet. La qualité des eaux dans nos cours d’eaux et rivières n’est visiblement pas votre priorité ! Ce double langage est symptomatique. Comment ne pas penser aux salariés de Saint-Gobain PAM sur cette thématique ? Alors que 20% du réseau d’acheminement et d’assainissement des eaux doit être rénové, c’était là notre occasion de conjuguer écologie et économie ! Nous aurions dû prendre le relais de l’agence de l’eau. A quoi pourra bien servir l’offre d’ingénierie de MDD54 si les communes n’ont pas les moyens financiers pour concrétiser des projets d’assainissement ? Sur ce sujet, votre majorité a manqué son rendez-vous avec l’exigence environnementale !

Ce rapport présentait pour l’année 2018 beaucoup de promesses, mais au final sur beaucoup de sujet peu d’avancées ! C’est regrettable, d’autant plus que, face au défi climatique, nous devrons collectivement redoubler d’efforts dans les années qui viennent ! Chaque responsable public, à la place qui est la sienne devra nous faire avancer et le département de Meurthe-et-Moselle devra être présent ! Comment les Meurthe-et-Mosellans pourraient comprendre que sur la mobilité, nous ne soyons pas au rendez-vous ! N’oublions pas que c’est aussi sur la mobilité qu’est né le mouvement et la crise des gilets jaune !

Si cette compétence est désormais régionale, avec l’aide aux communes et intercommunalités nous avons des moyens d’accompagner les projets d’avenir indispensables à nos concitoyens tout en réduisant les émissions de CO2 ! Comment ne  pas s’inquiéter, Monsieur le Président, en découvrant ces dernier temps par voie de presse et pas dans notre assemblée votre vision des mobilités départementale. La ligne de Tram de Nancy est un enjeu qui dépasse largement les frontières de la métropole. Ceux qui l’utilisent au quotidien viennent également du Lunévillois, du Saintois, du Toulois, de Pont-à-Mousson voir bien au-delà. Elle est indispensable ! Après le transfert des facultés, avec le prochain déménagement du CHU et le développement du technopole à Brabois comment acheminerons nous les milliers d’étudiants, d’enseignants, de salariés, et toute les professions de santé sans un tram plus grand, plus fiable et plus rapide ? Le département saura-t-il être au rendez-vous de cet investissement plus que nécessaire ? Renoncer au tram comme vous l’envisagez,  ce serait un déclassement pour Nancy, sa métropole et la Meurthe-et-Moselle.

Le projet ponctué de parkings relais aux entrées nord et sud de la métropole avec la liaison avec la gare de Heillecourt  en font un projet d’intérêt départemental majeur. Il ne doit pas être sacrifié sur l’autel d’une promesse électoraliste : la gratuité ! Vous promettez également maintenant de déclasser l’A33. Qui en hériterait, qui financerait ? La Métropole ? Votre argument financier pour ne pas soutenir le renouvèlement de la ligne de tram ne tient donc plus. Personne ne peut décider seul, sur un coin de table, du devenir de cette portion d’autoroute courte, mais stratégique. C’est la même chose pour le tram.

Voilà pourquoi, plus que le simple candidat aux municipales, le Président du Département est aussi concerné. Les Meurthe-et-Mosellans méritent des décisions claires qui nous font avancer en matière de développement durable non des calculs politiciens.

Luc Binsinger